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Le blog qui propose une analyse approfondie sur la politique congolaise, africaine et mondiale. Ce blog s'adresse à tous ceux qui souhaitent avoir une idée précise sur ce qu'il se passe dans notre planète.

Ebola, l’Afrique, le monde et après

Publié le 21 Octobre 2014 par MOUEGNI IVOLO Didier in Article

Ebola, l’Afrique, le monde  et après

Par

Didier MOUEGNI IVOLO

Master’s degree en politique internationale

Université Fudan, Shanghai – Chine

Master2 pro Sciences Humaines et Sociales, Sciences de l’éducation

Paris5 Descartes

Le 24 septembre 2014, j’envoyais un courrier à Claire Hédon, journaliste à RFI qui anime l’émission « Priorité Santé » (une émission qui renseigne plus sur les pathologies en Afrique que nos services de santé publique) avec comme titre : « Pourquoi l'Afrique et le monde risquent-ils de perdre le combat contre Ebola ».

Je reviens ici sur certains éléments dit à Claire Hédon et je demande aux Africains de réfléchir et de méditer là-dessus.

I - Etat de lieu

Madame Claire Hédon, D'abord, je vous écoute beaucoup sur RFI, même si je n'ai jamais téléphoné pour poser une question ou donner un avis. Chez moi comme dans ma voiture, j'écoute plus RFI (le journal, le journal de l'Afrique, Rouane Gomez et ses collaborateurs, priorité santé, Annie Gasnier et son journal de sport... pour ne citer que ceux-là) que la musique. Et Dieu et mes ancêtres me sont témoins car pour un Africain, écouter la musique en voiture n'est pas loin du sacré. Et écouter la radio au lieu de la musique montre combien je suis un auditeur fidèle de cette radio.

Pour revenir à vous, je dois vous dire toute ma reconnaissance car votre émission « Priorité santé » fait plus pour les Africains en termes de sensibilisation, en termes de prévention, en termes de soutien, en termes de conseils et même de tentative de diagnostic avec vos intervenants que les centres de santé et les gouvernements africains.

Je suis moi-même originaire du Congo-Brazzaville (et dans votre émission, nombreux sont les médecins et les populations congolaises qui appellent), je suis né à Pointe Noire, j'ai fait mes études à Brazzaville. Je suis parti étudier en Chine où j’ai obtenu un master’s degree de politique internationale. Je vis actuellement en France où je travaille comme chef de service éducatif et je viens de terminer un master2 professionnel en sciences humaines et sociales option sciences de l'éducation à Paris5 Descartes.

Lorsque je dis que vous faites plus avec votre émission c'est parce qu’au Congo et en Afrique, je ne sais pas comment les gens travaillent. J'ai l'impression que nos médecins n'appliquent pas toujours ce qu'ils ont appris. Je vous donne deux exemples qui me concernent et je reviendrai à Ebola par la suite.

1- Lors d'un examen endoscopique à l'hôpital de Corbeil Essonne en 2002, la doctoresse me dit que mon estomac n'absorbe pas bien le fer qui se trouve dans les aliments et cela est lié au fait que les femmes africaines mangent du "calabât" (aussi appelé la terre est une espèce d'argile blanche ou jaune très prisée par les femmes et vendue à Château Rouge et dans les boutiques exotiques). La doctoresse est étonnée de mon étonnement. Mais je suis encore plus étonné qu'elle soit étonnée car aucun médecin au Congo (certainement aussi dans toute l’Afrique Noire) n'interdit cela. Est-ce la conséquence du « calabât », je ne sais pas, mais lorsque l’on fait des examens aux enfants africains noirs, presque tous ont des problèmes d'anémies.

2- Je fais de l'hypertension artérielle. Pour le professeur qui me consulte à l'hôpital Ambroise Paré à Boulogne-Billancourt, les examens de fonds de l'œil, de prise de sang, de cholestérol… ne montrent rien. Il me dit que cela est peut-être lié à l'alimentation car en Afrique Noire, les populations mettent beaucoup d'huile et de sel dans la nourriture. Même lorsqu'il s'agit des produits marins avec déjà une forte teneur en molécule de sel, les Africains ont l’habitude d’ajouter du sel. Ils aiment sentir le goût du sel dans la bouche.

Je suis allé regarder sur internet et j'étais surpris, en même temps abattu de constater que dans un article consacré au service de cardiologie du CHU de Brazzaville, un médecin en cardiologie affirmait que l'hypertension artérielle était la cause de 40% de morts au Congo-Brazzaville. Dans ce pays, cette pathologie n’a jamais été considérée cause nationale. Pour vous dire.

Et je peux comme ça multiplier des exemples. D'ailleurs, vos auditeurs sont souvent Africains car ils manquent d'informations de la part de ceux même sensés les informer, c’est-à-dire, les médecins africains.

II – La situation aujourd’hui, Ebola

Depuis ces faits, je suis sceptique sur la capacité des pouvoirs africains de protéger leurs populations. C’est pourquoi je pense que la bataille contre Ebola est mal engagée pour les Africains pour plusieurs raisons dont je citerai quelques-unes:

2-1 La question budgétaire

Le budget de santé en Afrique Noire est de moins de 5% du budget national établit par chaque gouvernement. Les infrastructures de santé, héritées de la colonisation sont tombées en ruine. Les pays d’Afrique, en majorité, n’ont pas renouvelé leurs infrastructures. Les grands hôpitaux sont soit privés, soit appartenant à des ONG.

Les Etats d’Afrique Noire sont incapables de soigner leurs populations, même les pays comme le Congo-Brazzaville, l’Angola, le Gabon et le géant Nigéria voient une grande partie de leurs populations vivre dans la maladie, sans traitements viables. Disons-le, avec 5% de budget national pour la santé, on soigne quelle pathologie ? On forme quel spécialiste ? On a quel laboratoire…

Compter le nombre de médecins en Guinée Conakry, le nombre de pharmacies, de laboratoires de recherche, qui contrôle les médicaments vendus pour déceler le vrai du faux, c’est qui le grand virologue… Il en va de même pour la Sierra-Leone, le Libéria…

Ainsi, les structures de santé en Afrique ne peuvent pas permettre de lutter contre Ebola. Avec 5% du budget nationale réservé à la santé, on ne peut mener des missions de préventions, on ne peut traiter la moindre maladie tropicale, faire des recherches… j’en passe.

2-2 De l’éducation nationale

Le budget de l'éducation nationale est aussi de moins de 5% du budget national. Là aussi avec 5%, on instruit qui, on éduque combien d'enfants? On forme qui ? Dans quelle spécialité ? Dans quelles écoles, quelles universités…? Avec 5% de budget national pour l’éducation nationale, on n’a pas les cadres nécessaires pour gérer le pays tout entier, diriger l’Etat et garantir à chaque individu sa place dans la communauté des citoyens.

Sauf à croire que ces rares ignorants sottement appelés chefs d’Etats et de gouvernements, ministres… qui ont pris en otage les appareils d’Etats et les pays tout entier suffisent à régler les problèmes de l’Afrique. Ebola leur prouve le contraire.

Regardez le nombre de médecins guinées, sierra-leonais, libériens… qui vivent et travaillent à l’étranger, des fois même en ayant des petits boulots. Comment comprendre que ces pays ne demandent pas le retour de ces compatriotes pour aider à lutter contre Ebola ? Il en est de même pour tous les cadres dans tous les domaines.

2-3 La place et la responsabilité des Etats

Ainsi, pour Ebola, nous voyons que tous les pays concernés, la Guinée Conakry, la Sierra-Leone et le Libéria comme les organismes qui les accompagnent, Médecins Sans Frontières (MSF) et même l'Organisations Mondiales de la Santé (OMS) bricolent des solutions car l'OMS comme MSF ou autre ONG ne vont pas construire de toute pièce les infrastructures nécessaires pour la lutte contre Ebola ou contre n'importe quelle épidémie ou maladie tropicale.

Il appartient d’abord aux Etats concernés et à l’Afrique (les organisations sous régionales, l’Union Africaine) de trouver des solutions à leurs problèmes. Les autres viendront en soutien.

Et le silence certainement coupable de l'Afrique Centrale, aucun pays ne vole au secours de ceux qui souffrent alors même que nous avons en partage les mêmes forêts (avec le Gabon, le Congo-démocratique, la Centrafrique, le Cameroun...), Nous mangeons aussi la viande de brousse, et je suis sûr qu'aucune prévention fiable n'est faite dans ces pays. Mais si vous demandez aux autorités, ils vous diront que tout est fait pour prévenir les risques, mais en réalité c'est faux. De toute évidence, ces pays ne sont pas prêts.

Les ONG ou l'OMS n'ont pas vocation à remplacer un gouvernement dans sa lutte contre n'importe quelle situation dans son pays. Les ONG et l'OMS viennent en soutien. Or avec Ebola, lorsqu'on entend parler les responsables de ces organisations (MSF et OMS), on a l'impression que ces sont les membres du gouvernement. Mais ce n'est pas ce que j'ai étudié en master’s degree de politique internationale et dans ma promotion, il y avait des Chinois et des Sud-Coréens qui aujourd'hui travaillent certainement pour leurs gouvernements. Vous imaginez, ils doivent se dire « ce n'est pas ce que nous avons appris ». On fait jouer aux ONG ce qui relève des Etats. C’est l’échec promis.

Le pire, c'est que pendant mes trois ans de formation, j'ai eu beaucoup de professeurs américains (USA et Canada), Australiens... des directeurs chargés de la sécurité et de la stratégie dans le pacifique... Aucun d'eux ne nous a dit que les ONG ou MSF ou même l'ONU a vocation à remplacer un Etat dans la résolution de ses difficultés. Aide-toi le ciel t'aidera. (C'est un peu moral, mais...).

Analyse et conclusion

Il y a plus de risques qu'Ebola gagne, ne serait-ce qu'en désorganisant les structures des Etats, en créant des gros mouvements des populations prises dans la panique, en provoquant le départ des humanitaires et autres organismes car les populations affolées deviennent dangereuses comme en Guinée Forestière... Sauf si le virus disparait par lui-même. Pourquoi ce drame en Guinée Forestière? J'écoutais les raisons de certains intervenants sur RFI. Ils ont raison, mais ils oublient le fondamental: l'éducation. Un peuple non éduquer s'affole face à l'adversité, face à la difficulté car ce peuple ne constitue pas une "NATION".

La "NATION" a un rêve collectif et fait face aux difficultés. Or dans ce pays et comme ailleurs en Afrique Noire, les gens s'accusent facilement, croient plus aux traditions qu'à la science, au sorcier qu'au médecin car ils ne sont pas éduqués. 5% de budget national pour l'éducation, on récolte les guerres civiles et Ebola, car la NATION et l’ETAT ne sont jamais nés dans ces contrées.

Ainsi, soit les gouvernements africains en tire les conséquences et investissent dans l'éducation, la santé, le développement humain, la démocratie et la bonne gouvernance, soit nous courons à la catastrophe. La communication et la sensibilisation ne marchent pendant de tels évènements que si cela se repose sur une façon de faire reconnue et identifiée par tous.

En Afrique, les enfants naissent, grandissent, deviennent adultes, vieux (quand ils y arrivent) et meurent sans savoir, sans comprendre le rôle, la fonction, le sens de l'Etat, des politiques dans la société, des autorités qui dirigent... Que font-ils ? En quoi ils sont utiles au pays ? Et Comment venir un jour et leur dire, moi sous-préfet, moi directeur régional de la santé... je viens vous informer…

Avez-vous envoyé tous ces enfants, tous ces gens à l'école jusqu'au lycée seulement pour leur apprendre dans votre société c'est quoi le sous-préfet, c’est quoi le directeur régional de la santé, le ministre il fait quoi, même le maire de la ville, personne ne sait c'est quoi, en commençant par le maire lui-même.

Il est triste de voir l’Afrique Noire dans cet état. Entre le Mali, la Centrafrique, la Côte-d’Ivoire, Ebola, le manque de perspectives… alors même que de nombreux cadres africains trainent à l’étranger, il n’y a pas de quoi espérer. Si nous ne construisons pas les Etats dans le sens juridique, il n’y aura pas d’espoir pour l’Afrique.

Je vous renvoie à la lecture du roman de Cheikh Hamidou Kane: l'aventure ambiguë p8-10 ou toute la préface pour comprendre. Kane dit : « si nous envoyons nos enfants à l’école, nous perdons un peu de nos traditions, mais nous gagnons des armes pour lutter contre le Blanc. Si nous rejetons l’école, nous garderons nos traditions, mais nous ne pourrions lutter contre les Blancs ».

Regarder vous-même. Pour tous les problèmes en Afrique, nous faisons appel aux occidentaux : USA, France, Allemagne, Angleterre, Italie… Union Européenne. Doit-on croire que l’idéologie du « fardeau de l’Homme Blanc », née avec la Traite Négrière et surtout avec la colonisation, qui consistait à croire que le premier devrait sauver et civiliser le second soit toujours d’actualité ? Il appartient aux Africains de prouver le contraire.

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