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Le blog qui propose une analyse approfondie sur la politique congolaise, africaine et mondiale. Ce blog s'adresse à tous ceux qui souhaitent avoir une idée précise sur ce qu'il se passe dans notre planète.

Election présidentielle du 20 mars 2016 au Congo-Brazzaville : Tel est pris qui croyait prendre

Publié le 27 Février 2016 par Didier MOUEGNI IVOLO in Article

« Tel est pris qui croyait prendre ». Cet adage résume très bien la situation politique qui prévaut aujourd’hui au Congo-Brazzaville. En effet, depuis des décennies, Sassou Nguesso se prend pour le maître du Congo, de l’Afrique et du monde. Sassou Nguesso s’est persuadé que le monde entier était à ses pieds, que pour la communauté internationale, lui seul peut présider aux destinées du Congo. Aussi, il a toujours agi sans tenir compte des avis des autres, notamment de l’opposition.

C’est ce qui s’est passé lorsqu’il a décidé de rester au pouvoir après ses deux mandats présidentiels, eux-mêmes précédés par cinq ans de repos d’après-guerre. Après dix-neuf ans donc de pouvoir sans partage, Sassou Nguesso n’a plus voulu quitter le pouvoir. Il a même oublié qu’il avait faussement accusé Lissouba de tous les maux pour justifier son coup d’Etat sanglant.

Depuis maintenant deux ans environ, Sassou Nguesso a déroulé son projet machiavélique de confiscation du pouvoir politique et économique sans rencontrer de véritable opposition. En fait, l’opposition s’est montrée conciliante et voulait prendre Sassou Nguesso à son propre jeu.

Sassou Nguesso a proposé le dialogue d’Ewo, l’opposition a suivi et a fait des propositions, mais Sassou Nguesso n’en a pas tenu compte. Il a proposé le dialogue de Dolisie. Là aussi l’opposition a suivi, par souci de garantir la paix sociale et politique au Congo et offrir à Sassou Nguesso une sortie honorable. Une fois de plus, Sassou Nguesso n’a pas pris en compte les demandes pourtant légitime de l’opposition :

  • La révision du fichier électoral car celui concocté par Sassou Nguesso est faux,

  • La mise en place des cartes d’électeurs biométriques,

  • La gouvernance électorale

  • Pas de troisième mandat pour Sassou Nguesso.

Poursuivant son plan, Sassou Nguesso a organisé le dialogue de Sibiti avec l’échec que l’on connait, ignorant dans le même temps le dialogue de Diata organisé par l’opposition et qui a réuni beaucoup plus de monde que Sibiti.

Une fois de plus, Sassou Nguesso a ignoré l’opposition. Il a continué à dérouler son plan sans tenir compte du fait que les Congolais sont fatigués de son pouvoir. Les Congolais sont malades de ce président qui est dans les arcanes du pouvoir depuis 1968.

En effet, Sassou Nguesso arrive dans les cercles du pouvoir dans les valises de Marien Ngouabi. Lorsque ce dernier fait son coup d’Etat contre Massamba-Débat, c’est à Sassou Nguesso que Marien Ngouabi confie la création et l’organisation de la Sécurité d’Etat, les espions congolais. Dès lors, Sassou Nguesso tiendra des fiches sur tous les hommes politiques congolais, il en fera de même pour les cadres militaires et civils, y compris le président Marien Ngouabi lui-même.

Lors du coup d’Etat militaire qui coûta la vie au président Ngouabi, Sassou Nguesso est ministre délégué à la défense. Il gardera ce poste sous le Comité Militaire du Parti (CMP) et deviendra le numéro deux du régime après Yhombi Opangault.

Grand maître devant l’éternel et seigneur des intrigues, de la manipulation et de la guerre, Sassou Nguesso parviendra à se débarrasser de Yhombi Opangault pour devenir finalement le numéro un. « L’élève vient de battre tous ses maîtres et devient grand maître lui-même. »

Aujourd’hui, Sassou Nguesso est donc un vestige de la préhistoire de la politique congolaise. Ceux de sa génération sont tous morts. Les rares vestiges qui restent sont tellement dévitalisés qu’ils préfèrent voir un des leur au pouvoir, que de voir arriver un jeune. C’est pourquoi, Sassou Nguesso a toujours pensé réussir tous ses coups. Il sous-estime les leaders moins âgés que lui comme Pascal Tsaty-Mabiala, Guy Parfait Kolélas, Okombi Salissa ou Claudine Mounari.

Dans le déroulé de son plan machiavélique pour se maintenir au pouvoir, Sassou Nguesso ignore même les mises en garde de la communauté internationale. Et pour boucler son projet, il fait écrire à la hâte une constitution qu’il propose au référendum constitutionnel le 25 octobre 2015.

L’opposition appelle au boycott du référendum. Ce qui fut suivi par la population puisque même les observateurs internationaux diront qu’il n’y a eu qu’entre 1% et 3% de votants. Et malgré cela Sassou Nguesso promulgue la nouvelle constitution le 6 novembre 2016 et il donne plus tard la date de l’élection présidentielle : le 20 mars 2016.

Et c’est précisément là où le piège se referme sur lui. En effet, depuis près de deux ans, l’opposition conteste ce que Sassou fait pour se maintenir au pouvoir. L’opposition boycott même certains scrutins, comme le référendum du 25 octobre 2015. Sassou Nguesso était persuadé à 100% que l’opposition refusera d’aller à l’élection présidentielle du 20 mars 2016. Il était sûr que l’opposition se limitera au niveau des condamnations mais ne présentera aucun candidat. Surtout que l’élection a été avancée au mois de mars 2016 alors qu’elle aurait lieu en août 2016.

Là, surprise, presque tous les candidats de l’opposition répondent présents pour aller à l’élection présidentielle le 20 mars 2016. Ce changement de stratégie de la part de l’opposition déstabilise complétement Sassou Nguesso. Lui qui pensait partir à l’élection présidentielle seulement avec des candidats de petits calibres se retrouvent coincés entre les ténors comme lui de la vie politique congolaise. Si l’on ajoute la candidature de Jean-Marie Michel MOKOKO, Sassou Nguesso est tombé de haut et cherche maintenant à annuler cette élection ou tout au moins à la repousser à plus tard, le temps de trouver une stratégie. L’entrée de Mokoko dans la course annule la stratégie de Sassou Nguesso comme seul leader militaire et du Nord. Mokoko, par son action annule le conflit Nord-Sud très cher à Sassou Nguesso. Ce dernier s’est toujours présenté en pseudo-protecteur du Nord contre le Sud. Ce qui d’ailleurs faux car Sassou Nguesso est celui qui a le plus détruit le Nord du Congo avec le siège d’Ikongono et les assassinats de 1997.

Sassou Nguesso sait pertinemment que le système politique au Congo renvoie encore au parti-ethnie ou parti-région. Lui-même a organisé son pouvoir autour de sa famille et de sa région d’origine. Prenons l’exemple du pétrole. Cette matière première qui constitue à elle seule 69% des revenus du Congo est exploitée à Pointe Noire et dans le Kouilou. Mais les profiteurs sont essentiellement MBochis de la Cuvette : Sassou Ngeusso, ses enfants et sa famille. Pointe Noire reste la ville côtière et pétrolière la plus salle du monde, avec des habitants sans emplois, sans soins médicaux, sans scolarité véritable, bref sans avenir. Dans le même temps vous trouvez des belles écoles à Oyo, un élève par table band avec ordinateur, des écoles plus propres que les mairies du Congo.

Il en va de même du bois exploité dans le Niari. Ce bois est devenu la propriété privée d’Henri NZombo. Personne au Congo ne sait où va l’argent de l’exploitation forestière, alors que dans tous les contrats d’exploitation, soit elle minière, agricole ou industrielle, une partie de la production est réservée à la consommation locale. En effet, dans le pétrole tiré des gisements du Congo, dans le bois coupé dans nos forêts, dans tout ce qui est produit au Congo, il y a une quantité pour la consommation des Congolais : pour le gaz, le pétrole, l’électricité, le bois pour faire des tables bands…

Les populations du Kouilou, du Niari et autres départements du Congo qui voient les richesses de leurs terres profitées à d’autres et non aux Congolais dans leur ensemble ne vont pas voter pour Sassou Nguesso, il le sait. Il est conscient que les Congolais ont compris son mensonge. « Neuf jours pour le voleur et le dixième pour le propriétaire », dit un adage congolais.

Pour flatter les populations du Kouilou, il a pris l’habitude de nommer un Vili au ministère du pétrole. Un ministre fantoche car le pétrole est géré par Christel et Claudia Sassou Nguesso. Le ministre lui, soit-il le fils de Jean-Pierre Tysthère Tchicaya gère les papiers sans valeur.

La détermination des Congolais à se débarrasser de Sassou Nguesso et de son pouvoir familial et corrompu est totale, comme le rappellent les évènements du 19 au 21 octobre 2015 à Brazzaville et à Pointe Noire, comme le rappelle aussi l’absence de mobilisation des Congolais lors de son référendum du 25 octobre 2015. Les 50 mort lors de ces évènements n’empêcheront pas les Congolais à bloquer le passage en force de Sassou Nguesso. Au contraire, les Congolais seront galvanisés et déterminés.

Conscient donc de la prise de conscience des Congolais aujourd’hui, Sassou Nguesso se retrouve dos au mur. Il ne sait plus comment organiser l’élection présidentielle. Dans sa précipitation, il oublie même de donner la date du second tour de la présidentielle, si aucun candidat n’obtient la majorité dès le premier tour. Et au regard des candidats retenus, personne ne peut obtenir la majorité au premier tour. Sassou Nguesso sera même battu au premier tour, s’il ne triche pas. En tout cas de façon arithmétique, on ne voit pas comment il peut faire pour obtenir la victoire dès le premier tour.

La peur et la panique qui habitent Sassou Nguesso aujourd’hui l’amènent non seulement à interdire aux leaders de l’opposition de sortir du territoire, mais aussi de voyager à l’intérieur du pays pour expliquer la faillite de pouvoir Sassou Nguesso et proposer un nouveau contrat républicain entre le pouvoir et le peuple, un nouveau contrat social. Car pour le moment la devise c’est « tout pour Sassou Nguesso et sa famille et rien pour le peuple. »

Le projet de l’opposition est le retour aux valeurs qui structurent une Nation. Il s’agit de proposer aux Congolais de vivre dans une société intégrée, une société de contrat social et de contrat républicain, une société structurée et structurante qui permet aux populations de vivre et de se sentir en paix. Une société qui rappellera chaque jour aux Congolais qu’ils sont chez eux et qu’ils n’ont pas besoin de trouver un avenir ailleurs. Une société dans laquelle les richesses du Congo seront partagées entre tous les Congolais par le biais des mécanismes qui sont connus et appliqués dans d’autres pays : allocations familiales, allocations de rentrée scolaire, aides au logement… selon les revenus des ménages, allocations chômage, aides aux personnes vieillissantes, aux personnes en situation de handicap… investissement pour créer des emplois, pour la formation professionnelle des jeunes et des seniors, assurance maladie pour tous et garantie par les fonds publiques, octroi des crédits pour stimuler le secteur privé…

Sassou Nguesso a donc peur et maintenant il veut organiser la fraude. Mais là aussi, il sait que les Congolais seront vigilants. Les étrangers qui vont se présenter dans les bureaux de votes avec des pièces d’identités fausses prendront des risques de se faire agresser. Les Congolais ne participent pas aux fraudes dans les autres pays, et donc nous n’allons pas tolérer que ceux que nous accueillons chez nous le fassent.

Nous avons compris le jeu de Sassou Nguesso. Il pensait avoir un boulevard vide devant lui pour rouler à tombeau ouvert jusqu’au troisième mandat sans risque d’accidents. C’est raté puisque sur la route, il y a embouteillage, il y a bousculade et il va falloir batailler pour sortir vainqueur.

Il pensait même tricher calmement, mais voilà que certains de ses adversaires s’appellent Okombi Salissa, Bowao… ceux-là même qui jadis l’aidaient à organiser la fraude. Ils connaissent ses méthodes et vont l’empêcher de les appliquer. Quoi faire ? Il lui reste l’intimidation, les procès de tout genre pour tenter d’écarter les autres de la course à la présidentielle. Mais l’espace pour manœuvrer est très étroit et il sera tout ou tard coincé.

Sur le plan international, ni l’Union Africaine, ni l’Union Européenne et ni l’ONU n’avait reconnu les résultats du référendum du 25 octobre 2015. Aujourd’hui, l’Union Européenne a refusé d’envoyer des représentants à l’élection présidentielle du 20 mars 2016, argumentant que les conditions d’organisation de cette élection ne permettent pas de garantir la transparence, l’impartialité et la régularité des élections ainsi que le caractère juste des résultats issus des opérations de vote. A ce titre, la communauté internationale n’accordera aucun crédit à une victoire frauduleuse de Sassou Nguesso et surtout elle sera vigilante si le pouvoir utilise la violence pour se maintenir.

C’est pourquoi le 20 mars, il faut que les Congolais prennent d’assaut les bureaux de vote pour voter contre Sassou Nguesso. Charge à l’opposition dans son ensemble de former ses délégués pour que ceux-ci restent vigilants pendant toutes les opérations liées à l’élection présidentielle et qu’ils soient à la hauteur de l’évènement et des attentes des Congolais.

Eh oui, tel est pris qui croyait prendre.

par

Didier MOUEGNI IVOLO

Chercheur et consultant associé en Politique Internationale

Centre d’Etudes et d’Analyses Africaines (CEAA)

Mail : dmouegniivolo@yahoo.com

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