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Le blog qui propose une analyse approfondie sur la politique congolaise, africaine et mondiale. Ce blog s'adresse à tous ceux qui souhaitent avoir une idée précise sur ce qu'il se passe dans notre planète.

Quand les consciences se réveillent : Comment le Congo-Brazzaville peut-il réussir sa révolution et refuser le maintien de Sassou NGuesso au pouvoir ?

Publié le 10 Juin 2014 par Didier MOUEGNI IVOLO in Article

Quand les consciences se réveillent : Comment le Congo-Brazzaville peut-il réussir sa révolution et refuser le maintien de Sassou NGuesso au pouvoir ?

Par MOUEGNI IVOLO Didier

Master de politique international

1er Secrétaire de l’UPADS Paris-Ile de France

Le Brésil et les Brésiliens viennent de donner au monde entier et au Congo-Brazza une leçon de courage et de prise de conscience que l’on n’a rarement vu. Voilà que le pays du football qui tremble de voir son peuple bouder la coupe du monde au motif que celui-ci coûte cher au pays alors que le peuple dans sa grande majorité meurt de faim.

~~Le pari de tous était qu’au Brésil le football est roi. Ce pays a connu et donné au monde des légendes du ballon rond : Edson Arantes do Nascimento plus connu sous le nom du « roi Pelé », Zico, Socrates, Romario, Bebeto, Dunga, Ronaldo, Ronaldinho… et plus proche de nous Neymar. Ainsi, personne ne s’attendait à ce que les problèmes sociaux, la crise et la souffrance des Brésiliens puissent remettre en cause le coût de cet évènement. Et lorsque les mouvements sociaux ont commencé, tout le monde pensait que cela prendra fin avant la coupe du monde, toujours au nom du sacrosaint « foot roi ». Tout le monde se souvient de la sortie de route de Michel Platini qui demandait aux Brésiliens « d’arrêter les mouvements sociaux car ils ont la chance d’avoir la coupe du monde ».

Cette révolte des Brésiliens est une véritable leçon pour nous qui sommes originaires d’Afrique Noire et du Congo-Brazza. Les Brésiliens nous enseignent qu’aucun évènement n’est au-dessus des aspirations de la population. Lorsque le peuple souffre, on ne peut l’endormir avec des gadgets et des évènements qui n’apportent pas grand-chose à leur existence. En effet, depuis des années, nous savons que des évènements comme la coupe du monde et les jeux olympiques sont des véritables gouffres financiers pour les pays organisateurs. Pour les pays riches, il y a des sécurités sociales qui font que la population ne ressent pas vraiment le poids des dépenses sur leur niveau de vie. Mais pour des pays dits émergents ou pauvres, il est mieux d’investir dans les infrastructures et dans l’emploi, l’éducation et la santé que d’organiser la coupe du monde ou encore les jeux olympiques.

Les Brésiliens ont pris conscience de cela. C’est pourquoi ils donnent cette leçon à tous les peuples des pays émergents et des pays pauvres pour qu’ils ouvrent les yeux et ne se laissent plus faire.

Le Brésil, c’est aussi le pays de Paolo Freire, ce grand pédagogue de renommée mondiale né le 19 septembre 1921 à Recife et mort le 2 mai 1997 à Sao Paulo. Freire est connu pour nous avoir légué la pédagogie de l’opprimé (1969), un livre que je recommande à tous de lire. Freire nous apprend comment les opprimés peuvent prendre conscience de leur situation et commencer à décider pour leur vie. Ainsi, au lieu de subir les choses, ils deviennent acteurs de leur vie : politique, sociale, culturelle, économique.

Pour réussir cette révolution des consciences, Freire trouve son arme dans l’éducation (lire son livre l’Education comme pratique de la liberté, 1964) des masses populaires, surtout des programmes d’alphabétisation pour les adultes. C’est d’ailleurs ce que vont retenir Lula da Silva et Dilma Rousseff. En effet, les Brésiliens qui manifestent aujourd’hui sont en majorité des diplômés, des « éduqués » qui revendiquent leurs places au soleil de Copacabana et de Rio.

Un peuple éduqué est moteur de changement permanent, de progrès et de développement. Des pays comme la Chine, le Brésil, l’Afrique du Sud, la Turquie et la Corée du Sud le savent bien. C’est pourquoi ces pays investissent et ce malgré la crise économique dans l’éducation de leurs populations. A vous de faire le lien avec l’Afrique Noire.

Paolo Freire a bien observé le comportement des oppresseurs et des opprimés. Il propose une démarche qui est véritablement la conscientisation dans son essence la plus pure, la plus éthique et qui parle à la conscience, c’est-à-dire à cette voie intérieure qui nous dit toujours la vérité et qui nous met face à la réalité, face à nos actes. La conscientisation comme processus qui au bout de la chaine nous rend conscient. Mais conscient de quoi : De notre misère et de l’oppression dont nous sommes victimes. Mais, il va plus loin car prendre conscience ne suffit. Il nous dit aussi comment lutter contre cette oppression.

Pour mesurer toute la portée de sa pédagogie, on peut se rappeler ses distinctions :

- 1980, Prix Roi-Baudoin,

- 1986, Prix Unesco de l'éducation pour la paix,

- 1992, prix Andrès-Bello de l'Organisation des États américains comme éducateur du continent.

En regardant donc les mouvements sociaux au Brésil, j’ai une pensée pour le printemps arabe. Je me dis au final à quand le réveil de l’Afrique Noire ? A quand le réveil des Congolais de Brazzaville ?

On voit partout des chefs d’Etats qui changent des constitutions pour se maintenir au pouvoir en manipulant le peuple. Je suis étonné que des gens qui vivent dans la misère manifestent pour ces pseudos chefs alors qu’ils ont le ventre vide. Nous avons trois chances de nous soulever aujourd’hui:

1- Sur le plan politique, en France et aux Etats Unis, Hollande et Obama ne supportent pas nos chefs d’Etat. Mais dans le même temps, ils ont besoin d’être rassurés par des oppositions crédibles capables de bien gérer leurs pays. Ce qui supposent que si les peuples africains sont silencieux jusqu’à la fin des mandats de Hollande et Obama, et si par malheur l’UMP et les Républicains reviennent au pouvoir, nous pouvons dire adieux à nos rêves.

2- Les nouvelles technologies de la communication et de l’information font que les politiques craignent les révoltes car la répression est suivie en directe. Ce qui expose les coupables soit à une intervention militaire soit à la menace du tribunal de la Haye.

3- La dernière chance est que nous sommes en période de forte croissance économique en Afrique Noire et au Congo-Brazza. Nous avons les moyens financiers pour construire et reconstruire notre pays. A trop attendre, les ressources seront épuisées et nous n’aurions plus ces moyens-là.

Le Congo-Brazzaville comme toute l’Afrique est à la croisée des chemins. Et c’est maintenant qu’il nous faut faire des grands choix, prendre des grandes décisions. Les historiens nous enseignent que les peuples, les civilisations ne stagnent pas. Lorsqu’un peuple cesse de penser et de se penser, lorsqu’un peuple n’arrive plus à problématiser, il recule et disparaît. C’est une fausseté, une vue de l’esprit de croire que le 21ème siècle sera le siècle de l’Afrique. Ceux qui le disent sont des menteurs car à partir de quelle hypothèse ils le disent, à partir de quelle problématique.

Nous avons visité et revisité toutes les théories économiques. Le FMI et la Banque Mondiale ont même inventé des programmes d’ajustements structurels (PAS), cela a échoué.

Il ne reste plus qu’une chose à faire, prendre conscience, se soulever, se révolter contre ces pouvoirs corrompus jusqu’à la moelle des os.

Puisse Dieu nous venir à l’aide.

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