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Le blog qui propose une analyse approfondie sur la politique congolaise, africaine et mondiale. Ce blog s'adresse à tous ceux qui souhaitent avoir une idée précise sur ce qu'il se passe dans notre planète.

Coup d’Etat manqué au Burundi : entre amateurisme militaire et manipulation politique

Publié le 16 Mai 2015 par Didier MOUEGNI IVOLO in Article

Coup d’Etat manqué au Burundi : entre amateurisme militaire et manipulation politique

Par

Didier MOUEGNI IVOLO

Master’s degree en Politique Internationale

Université Fudan, Shanghai – Chine

Master2 pro Sciences Humaines et sociales, option Sciences de l’Education

Faculté des Sciences Humaines et Sociales - Sorbonne

France

Depuis quelques mois, voire même une année, le Burundi vit au rythme du débat politique concernant la candidature de son président de la république actuel, Pierre NKurunziza qui veut briguer un troisième mandat présidentiel, alors que les accords de paix d’Arusha, signés le 28 août 2000 en Tanzanie, sous l’égide de l’illustre Nelson Mandela, et qui ont mis fin à plus de dix ans de guerre civile, limitent à deux le nombre de mandats présidentiels.

Après deux mandats présidentiels, Pierre NKurunziza veut briguer un troisième mandat. Il a commencé par proposer un vote au parlement, mais un député de son propre parti a voté contre car pour ce dernier, NKurunziza a fait deux mandats et donc ne peut plus être candidat à sa propre succession. Depuis, NKurunziza n’a cessé de rechercher des solutions pour briguer un troisième mandat présidentiel. La dernière en date, il a demandé à la cour constitutionnelle de trancher.

Sur la radio RFI, nous avons appris la fuite d’un vice-président de cette cour. Celui-ci a affirmé que la cour constitutionnelle a subi des pressions de la part des partisans du pouvoir. Lui a préféré fuir que de participer à une mascarade. Et quelques jours après, on apprenait toujours sur RFI que la cour constitutionnelle venait de valider la candidature de Pierre NKurunziza pour concourir à un troisième mandat.

De son côté, l’opposition a continué à mobiliser la population pour barrer la voie à NKurunziza. Les USA, l’ONU et l’Union Européenne se sont mises aussi, demandant à NKurunziza de respecter les accords d’Arusha et donc ne pas briguer un troisième mandat. Même Mme NKosazana Dlamini-Zuma, présidente de la commission de l’Union Africaine qui accusait les USA, la France et même l’ONU d’ingérence au sujet de Kabila et Sassou Nguesso qui veulent concourir chacun à un troisième mandat, citant même malencontreusement les exemples d’Angela Merkel et de Jean-Claude Juncker, s’est finalement rangée du côté de ceux qui demandent à NKurunziza de s’arrêter-là.

Face à l’insistance et l’entêtement de NKurunziza, les chefs d’Etats de l’Afrique de l’Est organisent une réunion en Tanzanie pour essayer de trouver une solution.

Le président NKurunziza se rend à cette réunion et peu après son départ, le général Godefroid Niyombaré annonce le coup d’Etat et annonce la fermeture des frontières du pays pour empêcher le retour de NKurunziza à Bujumbura.

Au final, on apprendra ce jeudi 14 mai que le coup d’Etat est en phase d’échouer, le général Niyombaré n’a pas su mener ses opérations jusqu’au bout. Il s’est fait contrer par le chef d’état-major et surtout par la puissante sécurité présidentielle.

Dans la nuit du jeudi 14 mai au vendredi 15 mai, trois de ses lieutenants sont arrêtés et lui-même se cache. Et NKurunziza est rentré au pays pour reprendre son fauteuil. La population n’a pas vraiment suivi ce coup d’Etat.

Quelles analyses

Déjà, au regard de ce qui s’est passé ces derniers jours au Burundi, l’observateur et l’analyste de la politique internationale que je suis s’interroge.

Pourquoi NKurunziza accepte-t-il de se rendre en Tanzanie sachant que le pays est en ébullition, le peuple est divisé entre les pros et les antis NKurunziza ? Etait-il au courant du comportement de Niyombaré ? A-t-il tendu un piège à ce général, et si possible aussi aux politiques pour voir qui va essayer de profiter de la situation… ? NKurunziza a-t-il tendu un piège à la classe politique burundaise ?

Cette situation est du niveau de 2ème de sciences politiques ou de politique internationale, d’où je parle d’amateurisme ou de manipulation.

Et le général Niyombaré, il est un ancien chef d’état-major, on dira même qu’il a fait la guerre civile, donc il devrait être un militaire aguerri. Comment a-t-il fait preuve d’un tel amateurisme ? Comment peut-il lancer un coup d’Etat sans être bien préparé ? Surtout sans avoir suffisamment de militaires pour contrôler Bujumbura et ses environs, pour prendre possession des médias publiques (radio, télé nationale…) ? Comment a-t-il sous-estimé la réaction de la sécurité présidentielle et l’état-major ? A-t-il été dupé ou manipulé?

Avant un coup d’état, on étudie les forces en présence, on évalue les chances de réussite et d’échec… Ce général a fait preuve d’amateurisme qui met en danger des millions de gens. Il pouvait y avoir massacre dans Bujumbura. Un tel comportement est condamnable.

Les militaires burundais ont une vieille pratique de coup d’état et de l’art de guerre. Il faut regarder la liste des présidents assassinés ou tout simplement écartés du pouvoir à la suite d’un coup d’état militaire : Michel Micombero, Jean-Baptiste Bagaza, Pierre Buyoya, Melchior Ndadaye, Cyprien NTaryamira, Sylvestre NTibantunganya…, pour ne citer que ceux-là.

Niyombaré ne pouvait prendre les choses à la légère. Quand on n’a pas de militaires, on ne fait pas la guerre.

Et la sécurité présidentielle, et l’état-major, et les services secrets… comment tous ces services n’ont pas prévu ce scénario et conseiller à NKurunziza de ne pas quitter le pays ?

Amateurisme ou manipulation, qui vivra verra.

Quelles conséquences

Le premier risque c’est le verrouillage par NKurunziza de la démocratie burundaise, accusant à tout va ses opposant politiques de putschistes. Ainsi, l’opposition et même la société civile auront du mal à poursuivre leur lutte qui consiste à contester le troisième mandat de NKurunziza.

La deuxième conséquence est que NKurunziza devienne l’otage des militaires, de l’état-major et de la sécurité présidentielle qui ont sauvé son fauteuil. Il leur doit la gestion opérationnelle de cette crise. Dès lors, il est obligé d’écouter leurs conseils, en espérant que ces conseils soient dans le sens de l’intérêt national.

Enfin, on peut craindre le verrouillage des médias privés : radio, télé et presse écrite. Ces médias risquent d’être soumis à un régime de contrôle strict. D’ailleurs, il est fort possible que ces médias soient accusés de complicité dans la tentative de coup d’état.

Que faire

Il est important que la politique reprenne le dessus. L’opposition politique doit montrer au créneau pour dénoncer le putsch et demander que la démocratie reprenne son cours. L’opposition ne doit pas avoir peur de NKurunziza et de sa sécurité présidentielle. L’avenir du Burundi dépend aussi de la capacité de l’opposition politique à rester crédible et à participer à la vie politique.

Quant à la société civile, elle doit continuer ses manifestations sans avoir elle aussi peur du président actuel.

Pour la communauté internationale, j’ai particulièrement apprécié la position des USA et de l’ONU : condamner le coup d’état et dans le même temps demander à NKurunziza de ne pas briguer de troisième mandat car contraire aux accords d’Arusha. Ainsi, tout le monde était renvoyé dos à dos. D’un côté les putschistes ne pouvaient compter sur la communauté internationale, et de l’autre NKurunziza revenu au pouvoir avait l’obligation de respecter la démocratie.

La communauté internationale doit continuer à faire pression sur le pouvoir burundais et veiller au respect des droits de l’homme, y compris des putschistes arrêtés.

Pour conclure, ce coup d’état manqué, qu’il relève de l’amateurisme de Niyombaré ou de la manipulation de NKurunziza laissera des traces et déterminera la suite de la vie politique du Burundi. Il appartient donc aux hommes et femmes politiques de ce pays, aux intellectuels et à toute la société civile de prendre conscience que la démocratie et l’alternance au pouvoir sont plus importantes que des querelles partisanes et la recherche de l’intérêt personnel.

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