Vous avez dit l’Aide Public au Développement ?
Qu’est-ce que c’est ?
Introduction
L’Aide Public au Développement. Mais que veut dire ce groupe de mot ? Dans quel pays cette aide a vraiment aboutie au développement ? Peut-elle réellement développer un pays ? Il y a-t-il des exemples en la matière ? Qu’est-ce que cette aide à régler comme situation en Afrique ? Au final, c’est quoi le développement d’un pays ? Comment y arriver ? Comment se mesure-t-il? Et pourquoi l’Afrique n’y arrive pas ?
Autant de questions que tout Africain devrait se poser et essayer de trouver des réponses car ce sont là des mots, des notions, des concepts, des groupes de mots qui ne veulent rien dire pour nous Africains. Mais par contre, ils influencent et détruisent notre avenir et même nos vies et celles de nos futures enfants et petits-enfants.
Je ne suis pas un économiste de formation, aussi, je ne vous donnerai pas dans cet article un argumentaire économique. J’ai seulement une licence en histoire et un master degree en politique internationale. Ces deux spécialités vont donc guider mon argumentation et mes analyses.
Je peux vous rassurer que la rigueur de la science historique refuse le bricolage, le cafouillage et la triche avec les faits et/ou les évènements historiques, quel que soit le domaine dont on parle. Quant à la politique internationale (à distinguer avec la politique étrangère) ou relations internationales, elle permet de comprendre les relations entre les Etats et confirme la maxime selon laquelle « l’Etat n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts à défendre ». On peut le vérifier avec les récentes révélations sur l’espionnage des alliés des USA et même de l’Union Européenne et l’ONU par la NSA.
Aujourd’hui, après 53 ans d’indépendance (la plupart des Etats africains ont obtenus leurs indépendances en 1960), l’Afrique montre un visage lamentable fait de famine, des guerres, de maladies… comme si une malédiction planait sur ce continent. Et pourtant, cette partie du monde a bénéficié d’un afflux massif d’aide au développement.
Hypothèses
1- L’aide publique au développement est un mécanisme et un système ingénieux qui sert à garder chacun à sa place entre le centre et la périphérie. Ainsi, « l’aide n’aidera que celui qui aide ». Aucun pays ne peut donc se développer avec cette politique d’aide publique.
2- Pour se développer, tout pays a plus besoin de ses forces vives, d’une politique nationale de développement, de la science et de la technologie, des écoles pour former ses élites… Ce que les Anglosaxons groupent sous le vocable de « domestic system ».
3- L’Afrique ne peut donc pas se développer si elle ne rapatrie pas sur le continent ses intellectuels, ses cadres (dans tous les domaines, y compris les officiers militaires) et si elle ne construit pas un pont entre le monde occidental et elle, par le biais de ses descendants vivants dans ces pays. Ainsi, cela laisse une fenêtre de tir (pour parler comme les astronautes et cosmonautes) pour l’espoir du développement de l’Afrique.
4- Pour se développer, les projets sur 5 ans ne servent à rien. Il faut des projets sur 20, 30 voire 50 ans pour insuffler un véritable changement dans les mentalités et dans la société. Pour cela, il va falloir commencer par la politique.
Pour argumenter autour de mes hypothèses, je vais dans la première de cet article faire un rappel de l’aide publique au développement. Comment est-elle apparue dans le vocabulaire de politique et coopération internationale, et quels ont été les résultats !
Cet article nécessite d’être complété par d’autres pour insuffler un véritable débat en Afrique surtout et parmi les Africains sur le développement de l’Afrique. Il n’est pas possible d’accepter la réalité actuelle comme une fatalité. Il ne suffit pas d’étaler des discours savants sur la chance de l’Afrique, sur le 21ème siècle qui serait africain. Il nous faut de véritables paradigmes permettant d’analyser, de saisir, d’étudier et de comprendre la ou/les réalités africaines.
Arguments
L’aide publique au développement est un ensemble de soutiens financiers, matériels… mis en place par les puissances occidentales au lendemain des indépendances des nouveaux Etats africains. Cet aide devrait permettre aux nouveaux Etats africains de suivre la marche du développement économique des Etats occidentaux considérés comme des modèles.
Il faut dire que les idées d’alors affirmaient que la marche de l’humanité commencée depuis les temps immémoriaux s’achevait par l’exemple de développement de l’occident. Aussi, tous les Etats devraient atteindre ce niveau. D’ailleurs, Karl Marx lui-même pensait que tout Etat devait d’abord passait par le stade capitaliste avant d’atteindre le socialisme et le communisme. C’est dire que le développement économique par le modèle capitaliste, matérialisé par la France, l’Angleterre, la RFA, le Japon et surtout les USA, obsédait tout le monde.
Le Canada, le Brésil, l’Argentine, le Mexique, l’Australie, l’Afrique du Sud et la Corée du Sud ont tous suivis ce modèle. Aujourd’hui, la Chine communiste et la Russie post soviétique suivent aussi ce modèle.
Les Etats africains étaient et sont encore aujourd’hui condamnés à suivre ce modèle et l’aide publique au développement devrait les y aider. Mais au final, des années 1960 à aujourd’hui, aucun Etat africain n’est sorti du sous-développement grâce à cette aide. Au contraire, ces pays se sont retrouvés très endettés et cela est devenu un nouveau poids à leur développement.
Les nouveaux pays développés cités ne le sont pas devenus par aide au développement seulement. La Chine n’a eu l’aide de personne, mais a mis en place des politiques, le système éducatif et économique pour rivaliser avec l’occident. C’est une volonté nationale, une politique nationale et nationaliste et non seulement une aide étrangère.
Par la suite, les institutions de Breton Woods et les puissances occidentales, constatant l’échec de la politique de l’aide ont mis en place le programme d’ajustement structurel connu dans les années 1980 sous le sigle « PAS ». Elles pensaient que le problème africain était structurel. Echec de ce programme. Elles ont fait le programme d’ajustement structurel renforcé (PASR). Encore un échec.
François Mitterrand finira par « convoquer » les chefs d’Etats africains à la Baule pour imposer sa vision de démocratie comme solution aux crises africainces. Qui vivra verra.
En conclusion, l’aide d’un pays tiers ou d’une organisation ne peut développer un autre pays si ce dernier n’a pas de fondations, de structures, des institutions et des hommes capables de soutenir et de garantir ce développement.
C’est là le drame de l’Afrique Noire. Par contre, cette aide qui se poursuit aujourd’hui laisse à l’Afrique un espoir vain. Nietzsche dit à ce propos que « l’espoir est le pire des maux car il prolonge la souffrance humaine ». Il est donc important d’arrêter d’espérer et de poser au contraire des actes. Car sinon, les Africains ne bougeront pas de leur place de périphérie. Ne dit-on pas « qu’on n’est jamais mieux servir que par soi-même ».
Ceci m’amène à traiter de la deuxième hypothèse. Je ne vais pas donner une définition du développement et je ne sais pas si les Etats africains vont se développer. Un rappel historique : toutes les cultures, toutes les sociétés, toutes les civilisations n’arrivent pas à l’apogée. Il y a eu des peuples, des êtres, des sociétés… qui sont nées et ont disparu sans atteindre ce que d’aucun appelle « apogée ».
Ceci pour dire que tous les Etats africains ne connaitront pas ce degré d’avancée appelée développement.
Cependant, si un Etat veut se développer, il a besoin de s’appuyer sur un certain nombre d’éléments parmi lesquels :
- Les institutions de la République ; un gouvernement des technocrates capables de gérer la chose publique et non qui vole et pille les richesses du pays. Un parlement capable de voter des lois nécessaires pour garantir à chacun sa place. Une justice au service de tous. Une police et une armée qui sécurisent, protègent et rassurent (et non qui font des coups d’Etat)…
- Les écoles et autres instituts de recherche. Quand je dis école, je mets dedans tout le système éducatif allant de la maternelle à l’université. Quels sont les parcours de formations ? Y a-t-il un ou des parcours cursus d’élites (je le dis car actuellement tout cursus mène à la galère, au chômage, sauf si on est fil/fille/neveu… de). Le pays dispose-t-il des instituts de recherche dans tous les domaines nécessaires ? Le contenu des formations sont aussi à revoir.
Historiquement, une société qui ne produit pas ses moyens d’existence, qui ne problématise pas son existence ne pourra pas stagner, elle disparaitra. Ma crainte, c’est que l’Afrique Noire ne disparaisse pas, mais qu’elle soit sous tutelle car incapable de problématiser, de se penser et de dégager des solutions, elle sera comme un enfant pris en charge par l’occident. Ce sera la nouvelle colonisation d’ici 2100.
J’ajouterai la santé et l’agroalimentaire comme secteur clé pour se développer. Lorsqu’un peuple est bien nourri et bien soigner, il vit longtemps et réfléchie mieux. Il crée donc plus de richesse et pendant longtemps. Chez nous, nous mourons 35 ans et 55 ans. Regarder la pyramide des âges des Etats d’Afrique Noire. Si on ajoute le temps passé à l’école et à l’université, la moyenne de la durée de cotisation est de moins de 30 ans. Comment se développer avec ça !
Le rôle de l’éducation nationale est de parfaire ce que la famille ne peut faire : donner au futur citoyen les éléments pour qu’il se voit et s’accepte comme membre de la communauté nationale. Je veux dire par là que l’éducation nationale, par le biais de l’obligation scolaire et du contenu des formations, forge l’esprit des populations pour aboutir à une société intégrée dans laquelle les populations vivent dans la cohésion sociale, s’acceptent comme compatriote.
L’unité nationale n’est pas une fin en soi. C’est une construction et pour cela il faut se donner les moyens d’y parvenir. Il ne suffit pas de faire un discours.
La famille jette les bases de l’éducation de l’enfant. Elle transmet les valeurs de la famille. L’Etat l’achève par le biais de l’école en transmettant les valeurs de la République. Pour exemple, on arrive à l’école comme Mbembe, Kongo, Nkuni, Punu, Mbochi, Kuyu, Téké, Bambara, Wolof, Ibo, Bomitaba, Bamileke, et quand on a fini son cursus, on ne se définit plus que par la nation, les valeurs de la République.
C’est une entreprise que chaque politicien et homme d’Etat africain devrait avoir en tête ou plutôt en cœur.
Pour réussir cette entreprise, passons à la troisième hypothèse. L’Afrique a besoin des Africains de la diaspora. Dans les débats politiques, ces deux groupes sont plus en guerre que ne se font confiance.
Les Africains d’Afrique pensent mieux maitriser les réalités africaines et accusent leurs frères de la diaspora d’arrogance et d’esprit de suffisance. A l’inverse, ceux de la diaspora trouvent que leurs frères du pays sont trop passifs et ne se révoltent pas contre les dictatures. La preuve, les printemps arabes n’ont pas atteint l’Afrique Noire.
Il faut une véritable coopération et un travail commun entre les deux groupes. La diaspora sera le lien pour surtout le transfert de technologie. Ce transfert ne se livre pas sur un plateau comme l’espèrent les Etats africains.
C’est ce que les Chinois ont fait. Nombreux sont les Chinois qui rentrent travailler, enseigner (en tant que coopérant), apporter le savoir-faire acquis en occident. Ils le font dans les règles de l’art et non en bricolant. On ne triche pas avec le savoir. L’Etat chinois forme ses étudiants et ceux-ci rentrent servir le pays, ils obtiennent des postes en lien avec leurs études. Mais nous, nos chefs d’Etat préfèrent faire venir des expatriés blancs que de faire confiance à leurs compatriotes.
Et lorsque nous rentrons, que deviennent les principes économiques, politiques, de management, de médecine…? Faisons-nous seulement ce que nous avons appris ou bien que nous bricolions, trahissons nos connaissances acquises, plus d’éthique, de déontologie… Nous courons après l’enrichissement personnel.
Enfin, pour qu’un pays avance dans le sens du bien-être, il doit arrêter avec des projets idiots sur 5 ans. Vu les besoins de nos pays, il faut des grands projets sur 30 ans, 50 ans ou plus. Des projets qui se poursuivront au-delà des mandats politiques. Or, nous sommes des champions de l’éternel recommencement. Chaque président vient et commence une nouvelle chose. Et même quand il le commence, au bout de 5 ans, il change d’avis car il ne voit pas le résultat, il n’en tire pas profit. Comme si le monde s’était fait en 5 ans. Notre problème, c’est de vouloir à tout prix voir les résultats de nos investissements. Nous ne travaillons pas pour la postérité, pour le futur et le futur lointain.
Il faut donc un changement de mentalité, de paradigme. En effet, des projets comme les routes, les hôpitaux, l’industrialisation, l’eau, l’électricité, la santé, l’éducation… sont des projets éternels qu’on ne résout pas en 5 ans. Il faut sans cesse innover. Le drame, c’est qu’il n’y a aucun projet national qui fasse l’unanimité des hommes politiques, même pas la politique étrangère (comme en occident).
Conclusion
Je pensais qu’en allant à l’école, en étudiant à l’université, surtout si j’étudiais à l’étranger, j’aurai suffisamment de connaissances pour participer au développement de mon pays et assurer à l’Afrique une place dans le monde. Mais après tout ce parcours, je suis enfermé dehors, je vis en France et l’Afrique Noire se meurt.
L’un des rapports de l’ONU vers la fin des années 1990 affirmait que « l’Afrique Noire reste à l’aube du 21ème siècle le continent le plus pauvre et le seul à s’appauvrir. Le visage qu’il montre est désolant ».
Je ne verse ni dans le pessimisme idiot ni dans l’optimisme des chrétiens qui attendent le retour du Christ. Je veux seulement être objectif.
Si nous n’appliquons pas ce que nous avons étudié, chacun dans son domaine, aucun espoir n’est possible. Mieux vaut se tirer une balle dans la tête pour abréger les souffrances.
Il est possible que nous ne nous développions pas comme en occident, mais nous pouvons mieux vivre et construire de véritables projets pour nos enfants et arrières petits-enfants.
Nos hommes d’Etats doivent se réveiller de leur sommeil et commencer à mettre en place, à jeter les véritables bases du progrès africains.
Pour le moment, je dis juste bon courage aux populations qui souffrent et implorent.
Mid Dids
/image%2F0504009%2F20150104%2Fob_c6dc03_photo-pour-les-articles.png)