Vous avez lu la constitution?
Ma vie privée et professionnelle m’a laissé un peu de temps, aussi je l’ai utilisé pour me plonger dans la lecture de la constitution du Congo-Brazzaville, vu qu’il y a un débat autour de la position du président Denis Sassou NGuesso. Ira, n’ira pas ?
Tout le monde attend de savoir s’il va changer la constitution, notamment l’article 57 qui stipule que « le Président de la République est élu pour sept ans au suffrage universel direct. Il est rééligible une fois ».
Mais en lisant la constitution, c’est un autre article qui a attiré mon attention. Il s’agit de l’article 58 qui stipule que : « Nul ne peut être candidat aux fonctions de Président de la République :
- s'il n'est de nationalité congolaise d'origine;
-s'il ne jouit de tous ses droits civils et politiques :
- s'il n'est de bonne moralité ;
- s'il n'atteste d'une expérience professionnelle de quinze ans, au moins ;
- s'il n'est âgé de quarante ans, au moins, et de soixante-dix ans, au plus, à la date du dépôt de sa candidature ;
Alors, je vais vous dire ce qui ne colle pas dans cet article.
L’article commence par parler de la nationalité congolaise d’origine. Il y a-t-il une loi au Congo, un livre, un document officiel qui traite de la nationalité congolaise ? C’est quoi un Congolais d’origine ? Il est déterminé en vertu de quelles règles ? Quels sont les éléments constitutifs de cette nationalité d’origine ?
Au Congo, on trouve des populations venues d’ailleurs, les Congolais ont fait des enfants avec ces populations. Sont-elles des Congolais d’origine ? Car un Américain d’origine est celui qui est né aux USA. A ce titre, il peut concourir à la course à la maison ; c’est pourquoi Barack Obama, né d’un père Kenyan et d’une mère Américaine est devenu président des USA alors qu’Arnold Schwarzenegger, né en Autriche s’est arrêté au poste de gouverneur.
Pour aider le lecteur, je dois vous dire qu’une nationalité ne va pas de soi, elle n’existe pas car elle est une construction, un projet politique. Or les différents leaders politiques congolais depuis les indépendances ne le savent, ils n’ont jamais rien compris à ça. A ce titre, ce sont des bricoleurs lorsqu’ils parlent tous de la nationalité congolaise.
Il en va de même pour la moralité. Qui est sensé juger de la moralité des autres dans un pays sans vertu, sans normes, sans éthique ni conscience professionnelle. Pour preuve, regardez la sexualité de nos chefs, le nombre de maîtresses dont ils ne se cachent même plus, le nombre d’enfants. Le projet de vie d’une famille est de voir sa fille devenir l’une des maîtresses des hommes politiques ou des hommes au pouvoir.
La deuxième chose qui ne colle pas dans cet article est liée aux âges : Le candidat aux élections présidentielles doit être âgé d’au moins 40 ans et justifier d’au moins 15 ans d’expérience professionnelle.
Rassurez-moi que ceux qui ont écrit ça n’habitent pas au Congo, ne connaissent pas le Congo ou tout au moins ne savent pas une fois de plus de quoi ils parlent.
A quel âge le Congolais moyen a son bac ? A quel âge entre-t-il dans la vie professionnelle pour avoir au moins 15 ans d’expérience lorsqu’il aura 40 ans ? Quel cursus doit-il suivre pour cela ? Quel parcours scolaire, universitaire, pour quel emploi, dans quelle entreprise ? Quel a été, quel est et quel sera l’état de l’école, de l’université et des centres de formation professionnelle au Congo ? Enfin, tout ceci concernerait combien de Congolais ?
Sans tous ces paramètres, la constitution n’est qu’un tas d’articles mis les uns après les autres sans lien avec la réalité du pays.
Quant à l’âge de 70 ans, je ne sais pas d’où ça sort. Posez la question aux démographes, quelle est l’espérance de vie d’un Congo ? 55 ans. Combien de Congolais ont plus de 70 ans ? Il s’agit plus des hommes politiques qui bénéficient de meilleurs soins.
Pour conclure je dois vous dire qu’il est inutile de modifier la constitution et permettre à Denis Sassou NGuesso de rester au pouvoir. Les journalistes de jeune Afrique qui dissertent dans ce sens vous mentent. Un pays vaut par la qualité de ses institutions et on d’un homme. La démocratie consiste en un maillage intelligent des institutions, un jeu dans lequel chaque institution joue son rôle sans subir les pressions. Le Congo a besoin des institutions et non des gens qui se maintiennent au pouvoir depuis les indépendances et qui brillent par l’incompétence.
Il est temps de changer d’hommes et de caps.
Bien cordialement.
Mid Dids
/image%2F0504009%2F20150104%2Fob_c6dc03_photo-pour-les-articles.png)